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Le rôle de l'évidence
5.2.4 Le rôle de l'évidence dans l'Apologétique de C. Van TIL[1]
On pourrait penser que les évidences ne servent à rien dans l'Apologétique de Van TIL. Tom Notaro, a voulu éliminer cette fausse impression. Nous même pensons que les évidences sont pour le bien-être des fidèles et de l'Église, par exemple dans les questions scientifiques qui touchent à la vie quotidienne, ou qui confrontent la Foi.
a. l'évidence du péché
Il faut d'abord examiner l'incidence du péché, la rupture de l'Alliance, qui rend bien souvent les évidences inutiles. Notre Apologétique est capable de donner des preuves évidentes, selon la Révélation Générale. Cependant à cause du péché et de la recherche de l'autonomie par rapport à la Révélation, les faits les plus évidents deviennent obscurs et la Parole de Dieu n'est pas reçue et crue. C'est bien ce que dit Jésus à Nicodème à propos de sa question sur la nouvelle naissance:
En vérité, en vérité, je te le dis, nous disons ce que nous savons, et nous rendons témoignage de ce que nous avons vu; et vous ne recevez pas notre témoignage. Si vous ne croyez pas quand je vous parle des choses terrestres, comment croirez-vous quand je vous parlerai des choses célestes (Jean 3: 11-12).
Les hommes impies sont inexcusables:
La colère de Dieu se révèle du ciel contre toute impiété et toute injustice des hommes qui retiennent injustement la vérité captive, car ce qu'on peut connaître de Dieu est manifeste pour eux, Dieu le leur ayant fait connaître. En effet, les perfections invisibles de Dieu, Sa Puissance éternelle et Sa divinité, se voient fort bien depuis la création du monde, quand on les considère dans Ses ouvrages. Ils sont donc inexcusables, puisque ayant connu Dieu, ils ne l'ont pas glorifié comme Dieu et ne Lui ont pas rendu grâce; mais ils se sont égarés dans de vains raisonnements, et leur cœur sans intelligence a été plongé dans les ténèbres, se croyant sages, ils sont devenus fous… (Romains 1: 18-22).
Ainsi les faits sont obscurcis pour certains, bien qu'en eux-mêmes, ils soient très clairs, ainsi les évidences deviennent inutiles pour ceux qui ne veulent pas les voir. Or, la clarté est inhérente à la Révélation, elle est indépendante de l'audience qu'elle peut avoir. Les pécheurs aveuglés par leurs vains raisonnements ne diminuent en rien la clarté fondamentale de la Révélation de l'Éternel Dieu: la Bible.
b. La Révélation générale
Pour Van TIL la Révélation de Dieu est partout, de ce fait elle est très claire, elle n'a pas en elle-même besoin des sciences, la Grâce commune est suffisante. Donc les preuves de l'existence de Dieu sont des faits clairs et ne dépendent pas des philosophes, elles reflètent clairement la Révélation que Dieu donne. Ces preuves là ne dépendent pas des suppositions des hommes, qui cherchent à prouver leur autonomie par rapport à la Révélation.
Il y a une ultime différence entre les preuves de la Révélation Générale, et celles qui viennent de la raison humaine, telles qu'énoncées par Thomas d'Aquin. Ces preuves montrent que les notions d'existence, de cause et de but, sont sans signification, si elles ne sont pas enracinées dans la Révélation de Celui qui est Dieu, le Dieu de la Bible, l'Être de l'être, le Créateur, celui à qui rien n'échappe, qui contrôle tout ce qui se passe.
Or, les pécheurs irrégénérés, sont par principe contre, et s'ils n'avaient pas une partie de cette vérité qui ne leur a pas été retirée par la Chute, leur vie serait entièrement chaotique, dans un univers de hasard (et de nécessité): se croyant sages ils seraient devenus fous. Alors que toutes les parties de la Création, de façon unanime, montrent que personne ne peut échapper à cette claire Révélation. Il est donc évident que le Christianisme est vrai.
Avec Calvin, Van TIL souligne que chaque fait historique, ici et maintenant, est réellement la Révélation de Dieu. Ainsi, chaque fait prouve à l'évidence que les Saintes Écritures de Dieu sont la Vérité révélée.
Traditionnellement l'étude des évidences attire l'attention sur des phénomènes à caractères non usuels, qui ne peuvent être expliqués par la philosophie ou par les sciences naturelles, le miracle du partage des eaux de la mer Rouge, la Résurrection de Jésus, tous Ses miracles qui sont avancés pour justifier le texte biblique.
c. Le débat
Dans l'arène apologétique, il y a un débat entre:
- ceux qui considèrent la primauté des présuppositions:
- et ceux qui soutiennent la nécessité de la vérification empirique du Christianisme qui ne ferait appel qu'aux évidences.
Il faut déjà souligner que les évidences jouent un rôle important dans l'Apologétique présuppositionnelle de C. van TIL, qui est la notre.
Mais il faut noter soigneusement que les évidences[2] sont d'abord des "faits bruts". Des faits dont la signification est en général expliquée par des hypothèses, qui n'ont aucun rapport avec la Révélation en Christ, Lui qui soutient toutes choses, en tant que co-Créateur, et qui prend soin de sa Création (Col 1: 16ss ).
Cependant, la Bible, ne nous demande pas une foi aveugle en ses enseignements, mais elle sollicite notre intelligence, pour croire d'abord et ensuite pour comprendre.
d. Pas de justification rationaliste
A la première page de son syllabus Apologetics, van TIL déclare: il est impossible et inutile de chercher à justifier le Christianisme, comme une religion historique, par une seule discussion des faits.
Tout ce qui est en dehors de la Bible, n'a sa signification ultime que dans l'interprétation que la Bible en donne, de façon implicite ou explicite. Certains reprochent à van TIL de commencer avec Dieu, sans consulter les réalités objectives, et ainsi d'éliminer toute possibilité de proposer une démonstration de la Vérité, selon le point de vue Chrétien. C'est inexact.
Ce sont ceux qui n'ont lu que des fragments de son œuvre, qui font ces critiques, ils ne voient pas les évidences. Van TIL ne discute jamais de faits isolés, sans rapport avec la Révélation de l'Écriture. Les présupposés bibliques, doivent toujours être respectés. L'Évangile, n'est pas soumis aux revendications des hommes, en rébellion contre Dieu, ils veulent des évidences pour satisfaire leur raison autonome. L'Évangile ne peut pas être soumis aux exigences d'un examen dit scientifique.
Il peut sembler que,
- d'un côté, presque toute l'expérience des hommes serait hors des pages de la Bible. La plupart des choses, ou des êtres, semblent à l'extérieur des enseignements de la Bible, mais seulement si l'on oublie que c'est le Christ Jésus qui soutient tout ce qui existe, de façon directe ou indirecte.
- Mais d'un autre côté, il n'y a rien dans l'expérience humaine hors de la Création et du soutient du Christ (Col 1: 17, Il est avant toutes choses et toutes choses subsistent en Lui; et Héb 1: 3, Ce Fils est le rayonnement de sa gloire, l'empreinte même de sa personnalité et soutient tout de Sa Parole puissante. Ainsi rien dans la Création (ou l'ordre naturel, comme on dit couramment), n'est en dehors de l'autorité de l'Écriture, Parole de Dieu.
e. Pas d'autonomie
Comme Cornelius van TIL, nous affirmons, qu'aucune existence, de quelle sorte que ce soit, n'est autonome par rapport à la Providence de l'Éternel Dieu Père Fils et Saint Esprit. Par ordre de Création, toutes choses sont sous l'autorité de la Bible.
Pour cette raison, les Chrétiens peuvent se diriger vers les sciences physiques, biologiques, et aussi vers l'économie politique, les arts… en se souvenant, sans cesse, que rien n'est autonome par rapport à la Révélation de l'Éternel Créateur et Rédempteur, consignée dans la Bible, pour la gloire de Dieu, Soli Deo Gloria.
Ainsi, les évidences peuvent être considérées dans le cadre de la Révélation et non pas l'inverse: c'est la Révélation qui serait soumise aux évidences.
Dans le cadre de l'Apologétique présuppositionnelle, les discussions des faits, se font, jusqu'à un certain point, par l'usage de la raison. Mais lorsqu'il s'agit de l'homme irrégénéré, on se trouve confronté au débat sur l'usage des évidences en Apologétique.
f. Définition de l'Apologétique
Il y a en effet les points de vue opposés et antagonistes concernant la définition de l'Apologétique: ce débat concerne également la théologie calviniste réformée d'un côté[3] et les théologies arminiennes de l'autre. La relation entre l'Apologétique biblique et la Théologie Biblique Systématique, n'est pas une simple controverse académique.
Si l'Apologétique ne dépendait pas des doctrines exposées par la Théologie Systématique, elle se trouverait libre d'endosser tous les errements des théologies spéculatives, telles celles de K. Barth, E. Brunner, P. Gisel, G.Von Rad et de certain "évangéliques modernes" dits néoévangéliques, comme B.Ramm, E.J.Carnell, C. Pinnock, Hugh Ross etc.
La compréhension des évidences requiert une base biblique explicitée dans la Théologie Systématique biblique, l'Apologétique embrasse toutes les doctrines et toutes les disciplines. Il s'ensuit qu'une attaque contre une doctrine biblique, est une attaque contre toutes les autres doctrines. L'Éternel Dieu a parlé de tout ce qui concerne la vie.
Selon le Mandat culturel, toutes les disciplines d'études, académiques ou non: sciences exactes, sciences de la matière, sciences de la vie etc, dépendent de la Révélation directement ou indirectement, directement ou par implication.
L'Apologétique biblique à des dimensions et des responsabilités universelles; c'est pourquoi, elle est en conflit avec toutes les philosophies, car elle se focalise sur la défense de la foi biblique, et en ce sens, il n'y a aucune distinction entre le témoignage et la défense de la vraie foi véritable.
Ainsi l'étude des évidences est une subdivision de l'Apologétique biblique, et cela implique de façon nécessaire et indispensable, une base théologique complète[4].
Selon van TIL les évidences traitent plutôt des faits historiques, et l'Apologétique traite de l'aspect "philosophique", contre les attaques dirigées contre la Bible, faites au nom de la "science". Le terme "science" ayant un sens large, et les évidences concernent premièrement la question des faits considérés.
Alors se pose la question: comment les évidences interviennent-elles en Apologétique présuppositionnelle? Il y a d'abord d'autres questions:
- dans quel sens un non-Chrétien connaît-il le sens des évidences?
- Quelle est la barrière à surmonter pour apprécier les évidences?
- Quel est le rôle des évidences pour la Foi Chrétienne?
- Qu'est-ce que connaître?
5.2.5 Les deux sens de connaître
Or le terme connaître a deux sens.
La complexité de l'étude des évidences est due, en grande partie, au fait qu'il y a deux sens, très différents, selon lesquels on peut connaître la Vérité de Dieu, la Vérité de la Révélation.
a. Deux sens
Pour la Bible, comme pour Cornélius van TIL, comme pour Calvin[5], les pécheurs dépravés et rebelles, ne peuvent ni connaître, ni comprendre ce qui ne peut qu'être discerné spirituellement par le croyant régénéré. Toute connaissance nous est communiqué par l'illumination du Saint Esprit. Nous ne pouvons ni croire ni comprendre la Révélation Biblique, ni la Révélation Générale dans la nature créée, sans l'illumination de notre intelligence par le Saint Esprit.
Il y a donc deux sens selon lesquels une personne peut connaître la Vérité de Dieu. Il faut donc se demander de quelle façon les faits sont connus et compris par les pécheurs. Si une telle connaissance et de même nature que celle dont les Apologètes présuppositionnalistes appellent les hommes à accepter, il faut donc savoir si les hommes connaissent et comprennent les évidences selon les demandes de l'Écriture.
Selon van TIL et Calvin[6] (et nous les suivons), la ligne de démarcation entre les deux sens, les deux compréhensions, est éthique (morale). L'homme "connaît Dieu intellectuellement", comme dit l'Apôtre Paul dans sa lettre aux Romains:
Ce que l'on peut connaître de Dieu, est devenu évident pour les hommes. Dieu Lui-même l'a rendu tel, puisque ses perfections invisibles, sa puissance éternelle et sa divinité se voient comme à l'œil nu, depuis la création du monde, quand on les considère dans ses ouvrages. Aussi les hommes sont-ils inexcusables, parce que, tout en connaissant Dieu, ils ne lui ont pas donné la gloire qui lui est due, et ils ne lui ont pas rendu grâces; mais ils se sont égarés dans leurs raisonnements, et leur cœur sans intelligence a été rempli de ténèbres. Se disant sages, ils sont devenus fous; ils ont remplacé la gloire de Dieu incorruptible par des images qui représentent l'homme voué à la corruption, ou encore des oiseaux, des quadrupèdes, des reptiles (Rom 1: 19-23).
b. La connaissance dans l'Alliance
Ou bien l'homme garde l'Alliance de Dieu avec l'humanité, ou il brise cette Alliance. Dans la Bible l'Alliance est un Pacte, en pérennité, par lequel l'Éternel Dieu dit à Abraham, je serai ton Dieu et celui de ta postérité après toi (Gen 17: 7); et cette postérité, cette descendance est unique, en Christ (Gal 3: 16). Le Pacte vient de Dieu seul, il est unilatéral. Seul Dieu peut faire une Alliance perpétuelle.
Mais auparavant Dieu fit Alliance avec Noé et sa postérité (Gen 9: 8); et cette Alliance concerne toute l'humanité. Tout homme appartient à l'Éternel Dieu. Et la Révélation de Dieu est d'abord éthique, car elle concerne Sa Loi, qui seule est le fondement de la morale (éthique) véritable. Telle est l'exigence révélée à chaque individu: s'il obéit, en Christ, il a la vie, s'il désobéit, il est mort spirituellement mort et étranger à l'Alliance.
Cette obligation s'étend à toute la conduite, dans tous les domaines de la vie. L'homme est toujours confronté au Dieu de l'Alliance selon son caractère divin et Sa Sainte volonté, dans toute la réalité créée. Et comme le dit si bien van TIL: Dieu est l'environnement ultime de l'homme[7] . L'homme ne peut pas prendre des vacances morales.
Partout et toujours, quoiqu'il fasse, ou pense comme scientifique, philosophe ou théologien, instruit ou ignorant, l'homme agit comme soumis à l'Alliance ou comme rebelle à cette Alliance.
Ainsi quoi qu'il fasse, sa connaissance est soumise d'abord à la Loi morale de l'Alliance. Mais l'homme doit connaître Dieu, qui se fait Lui-même connaître, comme l'Épître aux Romains citée ci-dessus le dit clairement, il en est responsable. De même en Galates 4: 9, nous connaissons Dieu parce que nous sommes connus de Lui.
Le problème est que les pécheurs, tout en connaissant Dieu, ne Lui donnent pas la gloire qui Lui est due, ils s'égarent dans leurs vains raisonnements, se disant sages, ils sont devenus fous, ils retiennent injustement la Vérité captive. Ils sont donc loin de connaître Dieu tel qu'ils le devraient, en référence à tous les sujets de connaissance. Et l'Écriture est toujours une offense pour l'homme irrégénéré.
La connaissance est donc une matière éthique, parce que toute connaissance, toute pensée impose des obligations. Pour Adam, chaque fait était porteur d'une condition nécessaire vis-à-vis de l'Alliance de Création[8]
Les faits révèlent la volonté de Dieu, et la question importante est de savoir si l'homme, dans le cours de sa vie accepte ou rejette la volonté de l'Éternel Dieu. Sa connaissance est ou bien en accord avec les exigences de Dieu, ou il se rebelle contre son Créateur.
La situation des hommes est caractérisée, soit par l'obéissance, soit par la désobéissance, la soumission ou la rébellion, la sagesse ou la folie, le discernement spirituel ou l'ignorance. L'homme garde l'Alliance et sa connaissance honore Dieu, ou il est en rébellion contre l'Alliance, il a une certaine connaissance, mais il ne connaît pas Dieu et Sa Loi comme il le devrait. Dans tous les cas, les hommes sont responsables de ce qu'ils font.
c. Les sujets de connaissance
Chez van TIL, comme chez CALVIN[9], on trouve l'énumération des sujets de connaissance, que même les plus lointains païens sont porteurs: par exemple, que Dieu est le Créateur du monde, que le monde est contrôlé par la Providence de Dieu, que le monde manifeste une certaine grâce de Dieu qui ne sauve pas, que l'homme est responsable du mal, qu'il y a le besoin d'une grâce particulière de Dieu, et que le fait que l'homme ne reconnaisse pas Dieu a comme résultat un châtiment éternel[10].
Ainsi, selon les versets 19 à 23 du premier chapitre de l'Épître aux Romains, les rebelles connaissent la Vérité de Dieu, mais cette connaissance n'est cependant pas ce qu'elle devrait être; cette connaissance est coupée de sa source et vidée de sa pleine signification. Elle est confinée dans un domaine intellectuel distordu, et les pécheurs font de grands efforts pour s'évader des implications morales qu'impliquent les faits. La connaissance, n'est jamais un sujet moral neutre, elle est toujours attachée à la Loi de Dieu (à la Torah).
Le pécheur est toujours en conflit: il est en présence de la Vérité qui l'attire, mais en même temps, il n'en veut pas. Il s'établit contre la Vérité de Dieu par principe. De ce fait, il ne peut ni éviter la Vérité ni l'accepter pour ce qu'elle est. De façon désespérée il essaye d'accepter la Vérité pour ce qu'elle n'est pas. Le résultat est que toute sa vie oscille entre les faits clairement révélés et sa fiction trompeuse.
d. La connaissance intellectuelle
La connaissance dans un "sens intellectuel", manque de la crainte de l'Éternel; or cette crainte est le commencement de la connaissance véritable (Prov 1: 7). Avec cette connaissance, les rebelles n'aiment pas Dieu de tout leur cœur, le lev hébraïque, qui est esprit, intellect, volonté, toutes les facultés de l'homme régénéré par l'œuvre du Saint Esprit (Matt 6: 24).
On doit ajouter Éph 4: 24 …ayant revêtu la nature nouvelle, créée selon Dieu dans une justice et une sainteté que produit la Vérité.
Ainsi, s'il n'y a pas ces éléments bibliques essentiels et véritables, il n'y a pas de vraie connaissance et le pécheur ne se soumet pas au Seigneur de Vérité.
Il ne faut cependant pas croire que la "connaissance" du pécheur est sans conséquences. Précisément, il est laissé sans excuses (Rom 1: 20). Même si cette connaissance est une fiction tordue; elle emprunte cependant quelque chose aux faits réels.
De ce fait, le monde peut découvrir beaucoup de vérités partielles et limitées, sans avoir Christ comme Vérité. En réalité connaître quelque chose est relié à beaucoup d'autres choses, ce n'est pas un résultat partiel, dans un ensemble plus vaste interconnecté.
Le scientifique non-Chrétien peut approuver de façon intellectuelle toutes sortes d'exposés vrais. Mais il n'est pas capable de donner une explication ultime des faits, dans leurs relations avec le reste de la réalité créée, parce qu'il ne croit pas fermement qu'il y a un Créateur Tout puissant. Plus il donne d'explications, plus il montre que ses interprétations sont contre Dieu. Les exemples les plus voyants sont ceux qui concernent l'origine de la vie, l'origine de l'homme, l'origine de l'Univers.
L'homme sait que les pommes sont produites par des pommiers. Mais d'où le pommier vient-il?. Il dira que c'est un produit de l'évolution, qui est un processus aléatoire. En d'autres termes il dit que les pommes sont arrivées par hasard. Et ainsi chaque pomme devient une évidence contre Dieu. De façon ultime, la non-existence de Dieu devient une partie de la définition d'une pomme
Selon l'Écriture, connaître Dieu, est le connaître et l'aimer: … le Seigneur est Un, et tu aimeras le Seigneur ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta pensée et de toute ta force (Marc 12: 29-30). Telle est la vraie connaissance de Dieu, les autres sont fausses.
Cependant, il ne faut pas croire que la connaissance des pécheurs est sans importance. Leurs connaissances les laissent sans excuse (Rom 1: 20-21), mais cette connaissance est plus que tordue, c'est même une fiction qui emprunte à la vérité des faits, sans tenir compte de la réalité créée.
e. La rencontre
Un apologiste peut être tenté de minimiser la problématique de sa rencontre avec l'incroyant; il peut penser qu'il peut aller en avant et construire sur la connaissance partielle de son interlocuteur. Mais il oublie que la connaissance du pécheur est une connaissance empruntée, et qu'ainsi il a tordu la base épistémologique[11] et éthique, sur laquelle une réelle compréhension peut être construite. Or la meilleure construction, avec les meilleurs matériaux s'effondre si les fondations ne sont pas stables.
Mais s'ensuit-il que l'apologiste ne peut jamais faire appel aux idées "théoriquement" ou "formellement" correctes du non croyant? N'y a-t-il aucun point de contact entre le Chrétien et le non-Chrétien?
L'homme reste toujours à l'image de Dieu, même si celle-ci est presque complètement ternie par le péché. Ainsi, il y a toujours un point de contact et la connaissance, même empruntée, peut être effective, mais à une condition. La connaissance empruntée du non-croyant peut servir à construire des blocs de vraie connaissance, mais seulement quand son édifice qui menace de s'écrouler, est abandonné en faveur de la construction fondée sur le roc des présuppositions conformes à la Bible. Ce n'est que lorsque la construction pécheresse est abandonnée, que les vérités empruntées peuvent retourner à leur vraie place et retrouver leur signification véritable.
Il n'y a donc pas de point de contact si le faux sens de la divinité qu'a l'incroyant n'est pas abandonné. Sans cette prise de conscience, il n'y a aucune avancée vers la connaissance, au sens biblique du terme; autrement la base des présuppositions n'est pas biblique. Le But de la vraie connaissance est de rendre Gloire à Dieu. Toute connaissance qui néglige la Gloire de Dieu, manque son but irrémédiablement. La Gloire de Dieu n'est pas secondaire, ou en option. Soli Deo Gloria.
Comme van TIL, après l'Apôtre Paul et Calvin, l'a bien souligné, quelques apologistes ont accepté que les pécheurs aient une connaissance de Dieu et qu'en même temps, ils ne connaissent rien comme ils le devraient. Beaucoup d'autres apologistes reconnaissent que les pécheurs possèdent quelque connaissance de Dieu et qu'ils sont aussi rebelles contre la Vérité de Dieu.
f. La révolte contre l'Alliance
Mais peu d'apologistes reconnaissent que la rébellion de ceux qui ont rompu l'Alliance, est l'immense obstacle à surmonter, car ils croient que la connaissance des pécheurs est seulement incomplète. Or l'Éternel Dieu dans Son Écriture a révélé clairement aux pécheurs Sa Vérité, et les hommes se démènent pour la tordre, de telle façon qu'elle est méconnaissable. Alors le problème de l'homme en rébellion, a son centre dans sa révolte contre l'Alliance de Dieu. L'Apologiste Chrétien a le devoir de défier le rebelle, le non-croyant, au nom du Christ. Or chaque homme sait au fond de son cœur qu'il est responsable devant Lui, et qu'il est une créature de Dieu
[1] NOTARO Tom, Van TIL & the use of Evidence, P&R, 1980
[2] Pour nous, les évidences ne concernent pas l'être (esse) de la foi du croyant, mais seulement son bien-être (bene esse), car sans la régénération et l'illumination intérieure opérée par le Sait Esprit, selon l'Écriture, le pécheur rebelle ne reconnaît jamais la Vérité!
[3] Calvinisme: expose selon l'Écriture, la dépravation et la totale corruption (dans tous les domaines) de l'homme après la Chute; celle-ci est une révolte morale, opposée à la souveraineté de Dieu.
Arminianisme: la volonté de l'homme irrégénéré peut accepter ou rejeter le salut que l'Éternel Dieu lui impute (don gratuit).
[4] Ceux qui ne sont pas d'accord avec van TIL, font beaucoup d'efforts pour déconnecter l'Apologétique et les évidences de la Théologie Systématique. Certains restreignent même le rôle de l'Apologétique à la "pré-évangélisation", tel Clark Pinnock chez les néo- évangéliques, avec son Apologétique semi-rationaliste.
[5] CALVIN I.C. II. II.12ss, 26ss
[6] I.C. I. II, 1
[7] van TIL C. The Defense of the Faith, p.42.
[8] van TIL C. Common grace and the Gospel, p. 72.
[9] CALVIN Jean, Institution Chrétienne I.C.I, chapitres 1à XIV
[10] Van TIL C. An Introduction to Systematic Theology (1971 Syllabus) pp. 19-80.