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Le scientisme

 

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7.3. Le scientisme

De toutes ces rébellions est né le scientisme.

 

Le Dantec  le définissait ainsi : Position intellectuelle consistant à n’admettre comme connaissances valables que celles qui résultent des sciences positives, et ne reconnaissent pas à la raison  d’autre tâche que celle d’avoir à constituer la science  .

 

Mais c’est aussi une attitude dogmatique issue du positivisme du XIXe siècle, prétendant étudier l’homme dans les mêmes conditions que les phénomènes de la nature, trouver à tous les phénomènes humains une explication de type déterministe ; et faisant de la science   un système clos et total, capable de résoudre tous les problèmes qui se posent à l’homme. Renan a envisagé dans "l’Avenir de la science" l’époque où la science se substituerait à la philosophie, à la religion et même à la poésie.[1]

 

Pourtant le scientisme reste-t-il inconnu de l’immense majorité des Français, alors qu’il les concerne tous, pour la simple raison  que le scientisme est la cause directe de l’athéisme. Autrement dit, les athées de notre temps sont des scientistes sans le savoir.  Les créationnistes ont donc raison de dénoncer le scientisme  qui a vidé les églises[2]

 

7.3.1. Les différents sens du scientisme

Ce terme a trois sens différents:

 

1. C'est une position intellectuelle: qui admet que les seules connaissances valables sont celles qui viennent des sciences positives et qui ne reconnaît à la raison que celle qu'elle doit avoir pour constituer la science. Toute spéculation métaphysique est ainsi condamnée.

 

2. C'est une attitude dogmatique: issue du positivisme du XIXème siècle, qui prétend étudier l'homme dans les mêmes conditions que les phénomènes de la nature, c'est-à-dire trouver à tous les phénomènes humains une explication de type déterministe. La science serait ainsi un système clos et total, capable de trouver une solution à tous les problèmes qui se posent à l'homme. Renan dans l'Avenir de la science parle de l'époque où la science se substituera à la philosophie, à la religion et à la poésie.

 

3. C'est une foi excessive dans la science qui fait connaître les choses telles

qu'elles sont.

Le scientisme a marqué le  XIXème siècle, exceptionnel au XXe ;

 

7.3.2 Le déterminisme en est le moteur

Son développement a entraîné la croyance que la Nature conduit par des lois qui lui sont propres les comportements humains. Laplace disait: Nous devons envisager l'état présent de l'univers comme l'effet de son état antérieur et la cause de ce qui va suivre;

 

1. Dans les sciences expérimentales

Le terme "déterminisme" a été introduit au XIXème siècle par Claude Bernard pour désigner le principe non évident qui est à la base de ces sciences - auparavant c'était le principe de causalité. Tout phénomène est rigoureusement déterminé, selon des lois nécessaires par des phénomènes qui le précèdent et l'accompagnent.

 

2. En Psychologie, c'est thèse de ceux qui nient la liberté humaine et réduisent les faits de conscience à des phénomènes d'ordre inférieur. Bergson, bien qu'évolutionniste, n'était pas d'accord.

 

7.3.3 Brève histoire du scientisme

 

Sur la voie tracée par Galilée, les mathématiques ont accompagné les progrès de la physique, non seulement en codifiant ses lois, mais aussi en permettent de prévoir leurs applications. Par exemple, la mise en formule des activités le l'astronomie est indispensable à sa compréhension.

 

Un astronome comme Jean Andouze montre que: les mathématiques ont atteint une extrême complexité, où un nombre restreint d'aventuriers peuvent encore se hasarder. Et ce n'est pas un langage communicable à tous. Il faut le traduire même à l'usage des autres scientifiques.

 

Avec ses équations et ses formules, le théoricien "voit" ce qui échappe à nos sens: les plus petits et les plus grands aspects de la matière, les forces cachées.

 

Bien avant, Kepler (1571-1630) éprouva les plus pénibles difficultés financières, mais eut le mérite de ne pas relâcher son effort. Il perça le secret de la trajectoire de chacune des planètes autour du Soleil, mais il ne parvint pas à déterminer la  force qui les retenait sur leurs orbites. Pourquoi les planètes décrivaient-elles une ronde aussi précise autour du soleil ?

 

Ce secret obsédait Newton (1642-1727); il avait remarqué que d'après les lois de Kepler, la force agissant sur chaque planète est dirigée vers le Soleil, et que cette force obéit à deux règles:

elle varie proportionnellement à la masse de la planète ;elle varie en raison inverse du carré de la distance qui sépare la planète du Soleil.

Cette force venant du Soleil est une attraction de celui-ci., ce qui dépasse notre compréhension!

 

On sait que tout ce qui n'est pas retenu tombe par l'attraction vers le centre. Newton comprit que tout attire tout ce qui l'entoure. Ainsi la Terre attire la Lune, mais la Lune attire la Terre. Tout attire tout. En physique, on appelle cela l'Attraction Universelle, on dit aussi Gravitation Universelle.

Par une suite d'inductions naturelles, Newton arrive à la conclusion que deux points matériels, ayant pour masse M et m, séparés par une distance d, exercent l'un sur l'autre une attraction dirigée suivant la droite qui les joint  et dont l'intensité est:

                                                 F= GMm/d2

G est la constante de gravitation, qui a été déterminée par Cavendish à l'aide d'une balance de torsion[3].

 

La physique de Newton servit de modèle, de norme, pour toutes les sciences qui rêvaient d'atteindre à son degré de généralité et à son pouvoir prédictif. Le siècle des Lumières, la Foi en la Raison et dans le Progrès matériel, le scientisme triomphant du XIXème siècle n'auraient pas pu exister sans ces prémices.

 

La gravitation apparut comme la clé du savoir: le comte Louis de Lagrange (1736-1813), connu sous le nom du mathématicien Lagrange, pouvait généraliser en disant que c'était "la plus haute production de l'esprit humain".

 

Cette interprétation philosophique des formules de Newton correspondait à un vieux concept, appliqué aux sciences nouvelles, exprimé par Platon et Aristote et que Marc Aurèle résumait ainsi: Tout phénomène issu d'une raison antérieure lui est attaché par une filiation. Ce n'est autre que l'expression du déterminisme. Le déterminisme a été très à la mode depuis le siècle des Lumières, jusqu'à l'arrivée de la mécanique quantique et la nouvelle physique qui  l'ont sérieusement ébranlé.

 

a. Le déterminisme est ainsi défini:

Principe scientifique d'après lequel tout fait a une cause et, dans les mêmes conditions, les même causes produisent les mêmes effets.

 

Avec Laplace (1749-1827) (marquis Pierre Simon de) astronome, mathématicien et physicien, le déterminisme envisage l'état présent de l'univers, comme l'effet de son état antérieur et comme la cause de ce qui va suivre. Il pense à une intelligence qui connaîtrait toutes les forces dont la nature est animée, alors, rien ne serait incertain pour elle, et l'avenir comme le passé serait présent à ses yeux. Il ne pensait pas du tout à l'Éternel Dieu Créateur.

 

On voit ainsi à quel point "la science" qui perçait les secrets de la nature, confortait l'athéisme de Laplace. Il y trouvait la preuve de l'absence d'un être supérieur, d'un suprême horloger pour faire fonctionner le monde. Lorsque Napoléon lui demandât  où il mettait Dieu dans ses recherches, il répondit qu'il n'envisageait même pas l'hypothèse de son existence. S'il n'y avait pas de Créateur, on savait que le fonctionnement de l'univers n'était régi que par le déterminisme.

 

Les penseurs du XVIIIe et du  XIXe siècles explorèrent le déterminisme, ce grand principe qui envahissait la science et la philosophie, et qui joua le rôle essentiel dans le siècle de Lumières.

 

Pour Claude Bernard, le déterminisme semble s'identifier à l'expérimentation scientifique, mais il condamnait  ceux qui font du déterminisme le synonyme de fatalisme.

 

Les penseurs du siècle des Lumières ne furent pas tous athée, beaucoup étaient déistes, mais c'est dans leur mouvance intellectuelle que grandirent et s'affirmèrent les idées qui aboutirent au scientisme. Celui-ci fut le pivot de l'athéisme et du marxisme.

 

Lessing en Allemagne, Hume en Angleterre, Diderot et toute l'équipe de l'Encyclopédie en France, représentèrent ce courant fondamental de la Philosophie des Lumières. L'idée essentielle semble être la confiance en la nature humaine, en la raison, la croyance au progrès et par suite le rejet du péché originel et de la Révélation considérée comme obscurantistes. Leur attaque était surtout dirigée contre l'Église romaine, mais par delà sur le Christianisme. En particulier dans le Dictionnaire raisonné des sciences des arts et des métiers ou Encyclopédie, Émile Faguet disait que l'Encyclopédie était l'ennemie des Jésuites et des Jansénistes

 

La Philosophie des Lumières explosa peu après la mort de Newton (1727). Voltaire (1694-1778) occupe une grande place dans le développement du scientisme; par ses écrits il en marque les grands aspects, que l'on peut résumer:

La science révèle les secrets de la nature

Le recul de la religion sert le bonheur des hommes

 

Il poussa son enthousiasme jusqu'à composer des poésies scientifiques où éclatait sa joie, son admiration, son bonheur; l'homme enfin accédait à la Vérité. Pour les pères du scientisme, la découverte de la nature, était la fin de la religion révélée, par la démonstration irréfutable de ses erreurs et de ses mensonges.

 

Voltaire eut l'idée de versifier les découvertes de Newton[4] qui permettaient à l'homme de percer les plus étonnants secrets de la Nature.

 

Michelet (1798-1874) voyait dans la chimie, devenue scientifique, grâce à Lavoisier, la possibilité pour l'homme de modifier la Nature et même de créer. Pour lui, c'était le triomphe absolu de la science issue de la raison.

 

b. Le culte de la raison

Lors de la Révolution, pour déchristianiser la France, les hébertistes et en particulier Chaumette lancèrent un vaste mouvement, qui débuta à Nevers avec Fouché, qui abolit la messe et laïcisa les cimetières, d'où les croix furent arrachées. A Reims, le pasteur Ruhl brisa la Sainte ampoule contenant l'huile pour le sacre les rois.

 

La fête du 10 novembre 1793, à Notre Dame instaura, le culte de la raison; la fête se poursuivit à la Convention, où Chabot décréta que Notre Dame devenait le Temple de la Raison. Le culte de la raison dura jusqu'en mars 1794.  Hébert (1757-1794) représente tous les extrémismes de la Révolution. Les hébertistes furent éliminés par Robespierre, qui lui-même eut la tête tranchée.

 

c. Le culte de l'Être Suprême

Ce culte fut institué le 7 Mai 1794 par Robespierre qui considérait la déchristianisation de la France comme un fait accompli. Le calendrier républicain avait poussé la déchristianisation du pays, jusqu'à mettre fin à l'ère chrétienne, remplacée par l'ère républicaine, dont l'année 1 partit du 22 Septembre 1792.

 

Ils stipulèrent une religion naturelle, avec déisme et morale, mais sans Bible, ni prophètes, ni le Christ Jésus.

 

En fait dans l'athéisme qu'ils voulaient imposer, les hébertistes affirmaient pouvoir démontrer que Dieu n'existe pas. Ils demandèrent à Dieu, à haute voix et en public de répondre et de manifester son existence. Rien ne s'étant produit, les révolutionnaires pensaient avoir fait la preuve de la non-existence de Dieu.

 

Dans cette lutte contre le Christianisme, il faut bien voir le fil du scientisme qui s'est renforcé en traversant la Révolution.

 

d. Voici deux nouvelles définitions du scientisme:

-   Mouvement positiviste de la fin du XIXe siècle, selon lequel la science nous fait connaître la nature intime des choses et suffit à satisfaire tous les besoins de l'intelligence humaine. Le scientisme est une forme de matérialisme pour qui le concept de Dieu recouvre tout ce que la science ne connaît pas encore, mais qu'elle connaîtra nécessairement.

 

Théorie philosophique qui consiste à affirmer:

qu'il n'y a pas d'autre connaissance valable que celle fournie par les sciences expérimentales: la science est capable de résoudre tous les problèmes.

 

Il faut ajouter que les scientistes attribuaient à la science le pouvoir de créer les conditions du bonheur sur la Terre. Telle est la rébellion des hommes contre leur Créateur.

 

Tout ce développement s'est concrétisé dans le positivisme d'Auguste Comte (1798-1857), avec sa confiance sans réserve dans la science, et les efforts pour donner la forme scientifique à l'étude des faits moraux et sociaux, dont les représentants furent Littré, Renan, Taine, Berthelot…

 

Pour mieux comprendre cette philosophie scientiste, on peut distinguer deux périodes:

l'origine qui semble être enracinée dans la découverte de la gravitation par Newton; on parle de newtonisme. La mise en forme du système lui-même.

 

Renan l'a exposé dans L'avenir de la science achevé en 1849, et publié en 1890. Renan était partiellement tributaire d'Auguste Comte qui publia son Cours de Philosophie positive de 1830 à 1842. La Révolution ayant dissocié les lois et les mœurs, sans repères spirituels, le besoin d'ordre devenait irrésistible.

 

Alors, le scientisme traversait une phase où le négativisme révolutionnaire avait épuisé ses forces destructrices. Une phase avide de certitudes et d'assurances voyait le jour, il n'y avait pas un appel à la restauration du passé, mais l'établissement d'un ordre nouveau.

 

Tandis que les philosophes, grâce aux découvertes avançaient dans la connaissance de l'univers, la technique fille de la science et mère de l'industrie, prenait son essor. Mais 22 siècles après Démocrite, on en était encore à l'atome, tel qu'il l'avait imaginé. Descartes et Pascal n'en savaient guère plus!

 

L'évolutionnisme fut la plus redoutable des armes du Scientisme, contre la Genèse et contre Dieu.

 

La notion d'évolution se définit par le passage d'une forme à une autre forme. Elle s'enseigne sous deux aspects principaux: l'évolution de la matière inerte et celle de la matière vivante, la seconde naît de la première.

 

Ensuite, l'évolutionnisme affirme que l'univers est né il y a 15 milliards d'années (15. 109), la naissance de la vie sur la Terre remontant à 4.109 années, l'homme étant apparu voilà 3 à 4 millions d'années, sous la forme d'un être très primitif, l'homo habilis.

 

Les plus anciennes philosophies grecques expliquaient la multiplicité des formes, par la dérivation à partir d'une forme unique, ou d'un nombre limité de formes: l'eau, l'air, le feu et la terre, selon Empédocle. Plus récemment, la vie aurait commencé sur la Terre, par une première cellule dont sont issus tous les êtres vivants.

 

Jadis, Aristote concevait une sorte d'évolutionnisme pour montrer le passage de la matière à la pensée, mais ses conceptions restaient spéculatives. Aristote traite du vivant, en particulier dans son histoire des animaux. Il cherche les principes du devenir et il montre que le changement n'est pas désordonné. Pour lui, le devenir a toujours un but. Le système d'Aristote était toujours intact au XIIIe siècle.


Thomas d'Aquin se servit du système d'Aristote pour construire sa gigantesque synthèse philosophique et théologique, approuvée par l'Église romaine. Depuis l'Antiquité on a donc cru au devenir (l'évolution générale), mais aussi à la continuité des formes dans l'Univers.

 

Pour ce qui est du vivant, le terme évolutionnisme est employé en opposition à la fixité des espèces. Mais les difficultés commencèrent dès que l'on voulut comprendre, sans la Bible, l'origine des espèces. Telle est l'opposition fixisme/évolutionnisme.

 

Le fixisme enseigne que les espèces sont distinctes et constituent de véritables entités; le monde vivant est donc discontinu. Fixisme dans les dictionnaires est synonyme de créationnisme et tout à fait contraire à l'évolutionnisme. Cette idée prévalu jusqu'au début du XIXe siècle. Elle s'accordait avec les enseignements de la Bible. Toutes les espèces étaient considérées créées par Dieu, à l'origine, d'abord avec un régime herbivore pour toutes et ensuite après le Déluge, certaines devinrent carnivores.

C'est ce que croyait au début de son œuvre le grand naturaliste suédois Carl von Linné (1707-1778), qui réalisa la fameuse classification du vivant qui porte son nom. C'est ce que croyait aussi le grand naturaliste français Georges Cuvier (1769-1832), mais pour comprendre l'objection apportée par l'arrivée de nombreux fossiles, il imagina plusieurs créations successives, ce qui le mettait en contradiction avec la Bible.

Lamarck (1744-1829), par ses nombreuses observations, et par d'ingénieuses déductions, fit l'hypothèse d'une variation continue des formes de la vie, au cours des temps. Dans sa Philosophie zoologique (1809), il expose sa doctrine, dont les traits caractéristiques sont:

-         La nature présente une progression dans la complexité, allant des plus petits organismes jusqu'au végétaux  et aux animaux, pour aboutir à l'homme, le plus complexe des êtres vivants. Ce qui est évident.

-         Les êtres vivants s'adaptent au milieu dans lequel ils vivent, leur évolution est progressive

-         Il y a équilibre entre une espèce et son environnement.

Il croyait à l'hérédité des caractères acquis, ce qui est faux.

 

Darwin (1809-1882): Le darwinisme fut le plus fort de tous les supports du Scientisme.  On se trouve ici en présence d'une affirmation spéculative, qui par sa répétition est considérée comme une explication scientifique appelée sélection naturelle, qui voulait rejeter Dieu le Créateur, Créateur du vivant en général et de l'homme en particulier. De façon péremptoire Darwin affirmait que l'homme descendait des simiens.

 

L'enthousiasme des scientistes pour cette spéculation présentée comme acquis scientifique, leur apportait un argument censé prouver les affirmations de Darwin. Cet argument peut se résumer:

Il arrive que des êtres vivants naissent différents de leurs parents. Par exemple un oiseau peut naître avec des ailes plus courtes ou plus longues que la normale. Certains survivront d'autres mouront. La nature opère par sélection, favorisant évidemment les plus aptes à survivre. Ce qui peut s'exprimer autrement: Le hasard détermine les mutations, la sélection détermine l'adaptation.

 

Auguste COMTE (1798-1853)

La définition du positivisme s'énonce  ainsi:

Toute recherche des causes ultimes, toute tentative de répondre à la question Pourquoi? est vaine. La science peut seulement répondre à la question Comment? C'est-à-dire découvrir les lois naturelles qui régissent les faits. Pour Comte

-         La chose en soi est inaccessible à la connaissance

-         La seule étude légitime est celle des faits et de leurs relations que l'on peut constater par l'expérience.

-         La relation de cause à effet est à rejeter.

-         La seule expérience est celle des sens.

-         Il faut créer une sociologie qui soit une "physique sociale".

-         Il faut organiser la société par la science.

-         Les sciences positives sont arrivées à leur terme, on peut donc en titrer des enseignements définitifs

-         Les sciences positives doivent être classées en fonction des services rendus par chacune à celle qui la suit: mathématiques- astronomie -physique -chimie -biologie

 

Auguste Comte avait été frappé d'aliénation de 1826 à 1828, il fonda une religion qui entraîna de très nombreux fidèles en France et en Angleterre, et aussi au Brésil, où elle connut un incroyable succès. Sa rencontre avec Clotilde de Vaux et la mort de celle-ci en 1840 le conduisit au mysticisme. Il fonda ainsi la nouvelle religion dont il se proclama Grand prêtre de l'humanité, Sainte Clotilde devenant la patronne. Littré en deviendra le successeur.

 

Ernest RENAN (1823-1892)

A la fin de L'avenir de la science, Renan écrit: Adieu donc, ô Dieu de ma jeunesse! Peut-être seras-tu celui de mon lit de mort. Adieu, quoique tu m'aies trompé, je t'aime encore!

 

Cette œuvre de l'ancien séminariste, qui avait reçu les ordres mineurs, fit beaucoup pour vider les églises; on peut dire que L'avenir de la science est le canon du scientisme.  La foi scientiste multiplia ses conquêtes à la fin du XIXe, pour exploser au début du XXe. Son livre permet de voir comment son époque a pensé la rupture de la science et de la foi biblique, même si l'attaque frontale est contre l'Église romaine. Il en est de même aujourd'hui.

 

Il s'attaque d'abord au dogme: la notion de Révélation et les dogmes qui en découlent constituent la principale incompatibilité entre la science et la foi. Certes se sont les dogmes qui sont d'abord attaqués, mais cette attaque rejaillit inévitablement contre la Bible. La science n'aurait commencé que le jour où la raison s'est prise au sérieux et s'est dit à elle-même: Tout me fait défaut, de moi seule viendra mon salut.

 

Il ajoute l'impossibilité du surnaturel pour la raison scientiste, et hors de la science, il n'y a pas de salut.

 

e. L'adhésion  des savants érudits et autres intellectuels

En cette fin du XIXe siècle, scientifiques, écrivains, philosophes, intellectuels divers, adhèrent en grand nombre à cette séduisante doctrine scientiste. Aujourd'hui et il y a peu, les formidables avancées des sciences et les réalisations des technologies avec leurs nombreuses inventions  nous étonnent et nous remplissent d'admiration. Mais plus encore, l'homme du XIXe siècle était stupéfait des découvertes qui ébranlaient et détruisaient les  certitudes millénaires.

 

On peut considérer trois exemples, qui causèrent l'ébranlement de la foi dans les églises: le darwinisme, les microbes, la division de l'atome. Chacun de ces événements eut un impact inouï.

 

Le darwinisme, est le dogme majeur du scientisme, avec sa sélection naturelle, extrapolée à partir des élevages de bovins ou d'ovins, sélectionnés par les éleveurs fortunés, en Angleterre, semblait donner une explication à toutes les questions. Alors la Création rapportée par la Bible était reléguée dans le domaine du mythe, même par un grand nombre de clercs, et les fidèles religieux suivaient facilement, comme aujourd'hui.

 

Dans la deuxième partie du XIXe siècle, les scientistes voyaient le progrès suivre sa marche triomphante. Il est vrai qu'à l'époque, la misère, la maladie, l'ignorance atteignaient des niveaux que l'on n'imagine plus. C'était le temps des misérables de Victor Hugo.

 

Dans le même temps, apparaissaient l'invention de la photographie, du télégraphe électrique, de la lampe électrique, du téléphone, du cinéma, de l'automobile, de l'avion, des rayons X…  tout ce qu'il fallait pour conforter la thèse sur les avantages de la science. Il n'y avait pas encore de raison de se méfier de la science; les nuisances des bombes atomiques, des pollutions chimiques, des marées noires, etc étaient imprévisibles. La science était élevée au rang de religion.

 

f. Beaucoup d'élites rallient le scientisme

Ce fut un temps où les intelligences furent nombreuses à croire en la science souveraine. Et nous qui avons vécu notre jeunesse avant la guerre de 1939-45, un hier tellement dépassé, qu'il est très difficile d'en reconstituer l'ambiance, pour la comparer à tous les développements techniques d'aujourd'hui.

On sait quel fut l'enthousiasme que les progrès scientifiques allumèrent dans les grands esprits du scientisme., en particulier les marxistes qui firent les révolutions d'URSS, de <Chine et d'ailleurs. On trouvait cela chez les militants de gauche et d'extrême gauche et ils ne sont pas tous morts,  même quelques-uns se sont remis de leur aveuglement.

 

g. Littré le Positiviste

Émile Littré (1801-1881) est connu par son Dictionnaire de la langue française (1863-1873). Littré succéda à Auguste Comte à la tête du positivisme.

 

Après avoir examiné l'évolution des civilisations et les rapports des peuples, depuis des millénaires, Littré vérifie l'enseignement d'Auguste Comte sue l'existence des lois déterminant l'histoire des sociétés. Il en conclut qu'il y a là un déterminisme géré par des forces qui échappent à l'homme. Cependant, il a la conviction qu'il existe des lois qui pourraient permettre de connaître le proche avenir.

 

Il voulait faire de l'histoire une science et créer une philosophie positive. Mais tout le monde n'était pas d'accord avec la science que l'on opposait à la Foi Chrétienne. L'athéisme, la déchristianisation ont la même source que le scientisme. Cependant, le scientisme fut le plus grand égarement intellectuel des temps modernes: Se vantant d'être sages, ils sont devenus fous (Rom 1: 22).

 

En plein essor du scientisme, Louis Pasteur succéda à Littré à l'Académie Française. Ce qui n'était pas la coutume, son discours  de réception, fut une dénonciation des erreurs de son prédécesseur. Pasteur n'employait pas scientisme mais positivisme, ce qui est très sensiblement équivalent. C'est un extraordinaire document historique.

 

Pasteur a dit:

En prouvant que, jusqu'à ce jour, la vie ne s'est jamais montrée à l'homme comme un produit des forces qui régissent la matière, j'ai pu servir la doctrine spiritualiste, fort délaissée ailleurs, mais assurée du moins de trouver dans vos rangs un glorieux refuge.

 

Remarque: Les sciences expérimentales sont essentiellement positivistes, car elles ne font jamais intervenir la réalité du soutien de Christ à chaque instant. Ces sciences proclament qu'elles n'en ont nul besoin. De là est venue l'illusion des esprits, favorisée par tout ce que représentaient de garanties les sciences physiques, et la bonne foi de Comte, de  Littré, de Darwin et quelques autres.

 

h. Le déterminisme social

Malgré les invraisemblables calculs de Littré sur le comportement humain, suivi par ses élèves, le scientisme au sens historique persiste en  sociologie. Comme le fait remarquer Hayek: Le sociologue, l'économiste, le théoricien de la politique, aspirent pour leurs disciplines respectives au même statut intellectuel que le physicien et le biologiste.

 

L'irrésistible tentation de  mettre l'homme en équations persiste toujours. Nous constatons la permanence de l'historicisme scientiste, qui affirme que l'histoire est la seule voie qui puisse mener à une théorie scientifique des phénomènes sociaux. Feuerbach avait choisi comme règle de conduite le principe: homo homini Deus (l'homme est le dieu des hommes).

 

i. Le Triomphe du scientisme avec Karl Marx

Dans toute son œuvre Karl Marx s'est placé selon un point de vue scientifique et matérialiste. Il est l'un de ceux qui ont le plus contribué au développement du scientisme. Certains philosophes ont dit que la philosophie marxiste constitue le "matérialisme dialectique". En effet, cette philosophie part du matérialisme classique, qui énonce depuis Démocrite ou Épicure:

-         toute réalité est purement matérielle

-         l'âme n'existe pas

-         Cette philosophie est dynamique, elle considère l'Univers en perpétuel devenir.

Or, pour le matérialiste, la vie et même la conscience sont réduites à des lois physico-chimiques.

 

L'un des piliers du marxisme, qui est aussi la plus alléchante des promesses, est l'homme nouveau, que Marx voulait forger au feu du communisme. C'est là un des points principaux de la doctrine marxiste, qui semble oublié, mais qui par des "chrétiens" est, confondue avec l'homme né de nouveau par l'efficace du Saint Esprit. Le communisme offrira à l'homme un environnement social, qui le transformera, ou plutôt lui rendra sa nature profonde, essentiellement bonne (selon Rousseau).

 

Devant les résultats des pays communistes, on constate que les aspirations religieuses de l'homme ne peuvent être étouffées et sont impossibles à recenser, classifier, hiérarchiser. Le scientisme a commencé à sombrer avec le marxisme, mais les soubresauts du cadavre imprègnent toujours les esprits, la philosophie marxiste, elle n'est pas morte.

 


 

[1]   MOURAL I.  Petite Encyclopédie Philosophique, Éditions Universitaires 1995.

[2]   VALENTA André, Le scientisme ou l’incroyable séduction d’une doctrine erronée. Autoéditions, 1995.

[3] MATHIEU J.P, KAStLER A., FLEURY P., Dictionnaire de Physique,  Masson Eyrolles 1985

[4]  La décomposition de la lumière en 7 couleurs par le prisme de verre

 

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